Soignant soigné - Fondation OCH

Un pas de biais

Soignant soigné

portrait de Cécile Gandon

« J’aime vraiment beaucoup mon métier d’infirmière. On est dans la vie, la vie des gens avec leurs hauts et leurs bas. J’aime voir Madame X avec sa petite veste rose, toute pimpante et maquillée. Je suis contente de découvrir que M. Y a été souffleur de verre quand il était jeune. Ça me fait plaisir quand j’aperçois une aide-soignante discuter quelques minutes avec deux patientes dans le couloir. »

Assise dans un café, j’aime à écouter cette amie me raconter son travail. Au fur et à mesure de son récit, des souvenirs d’hôpital me reviennent. « Ce que je trouve le plus difficile, poursuit-elle après un silence, c’est d’avoir si peu de temps à accorder à chaque patient. Cinq minutes à peine. Certains patients, du fait de leur maladie, sont agressifs. D’autres sont agités. L’autre jour, un homme était à quatre pattes dans son lit médicalisé, cramponné aux barreaux – il voulait s’asseoir sans y arriver. J’ai dû faire appel à une autre soignante pour l’aider à sortir de cette situation. Puis, la petite dame en veste rose s’est mise à déprimer, en me disant que maintenant, plus personne n’avait besoin d’elle. C’est dur. Dans ce service, j’ai une autre dame qui appuie sans cesse sur le bouton d’appel d’aide, en croyant avoir affaire à la télécommande. Elle s’étonne de ne pas parvenir à changer de chaîne ! ». « Eh oui, ma vie d’infirmière en EHPAD, c’est ça ».  Entre rires et larmes, je suis touchée des confidences de cette amie, une palette d’émotions aussi variées que la vie.

« Tu sais, lui dis-je, tout ce que tu me racontes résonne d’une manière particulière pour moi. Je me souviens de mon expérience de patiente. C’était difficile de sentir à quel point les soignants étaient sous pression. En t’écoutant, je me demande : que pouvons-nous faire ? »

« Pour moi, un bonjour tout simple peut suffire ! », me répond-elle. « Et garder la juste distance. Je ne suis ni la domestique, ni la mère du malade. Et puis, de temps en temps, si on pouvait me demander aussi à moi, bonjour, comment ça va ? j’avoue que cela me ferait du bien. »

J’ai aimé cet échange qui m’a donné du grain à moudre. Sans aller jusqu’à une inversion des rôles qui ne serait pas ajustée, j’en viens à me demander si au fond, dans cet univers hospitalier si pressurisé, le malade n’a pas sa petite place à prendre dans le bien-être des soignants. Faire attention à eux… Essayer d’être aimable, même si c’est loin d’être toujours facile quand on souffre. On sortirait alors un instant de la relation légitime soignant / soigné, pour entrer dans la plénitude de la relation humaine, tout simplement. Histoire de redonner un peu de souffle et de hauteur à chacun.

Cécile Gandon, ombresetlumiere.fr – 3 février 2025

Porteuse d’un handicap moteur, Cécile Gandon met sa créativité et sa finesse au service de la Fondation OCH. Elle a publié « Corps fragile, cœur vivant » (Emmanuel).

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