Restons poly

Tempête en plein carême

portrait de Caroline Saillet

Quand une famille accueille un enfant polyhandicapé, tout le monde embarque dans le même bateau, affronte une mer avec, souvent, des grosses vagues, et parfois des moments de calme. Plus rien n’est vécu comme avant. On apprend à vivre au jour le jour de façon à ne pas craindre la déferlante qui risque de nous noyer. Nous restons tous dans le navire et tels des matelots, nous affrontons chaque étape en gardant le cap. Car seul, nous ne pouvons pas tout affronter. Nous nous tenons les coudes.

Nous sommes depuis quelques années au milieu des tempêtes. Ça n’arrête pas. Comme par hasard, toujours pendant le Carême.

Je relis l’histoire de Job et je me demande si on ne vit pas, à une échelle bien moindre heureusement, une avalanche d’épreuves pour mettre notre foi à l’épreuve justement.

Toujours dans mon centre de rééducation depuis huit semaines, car rien ne se passe comme tout le monde, je démarre le carême en même temps que d’autres le ramadan. Une femme musulmane me dit : « Vous, pendant le carême vous n’avez pas le droit de manger de la viande, du chocolat ou des choses grasses, non ? » Je lui réponds que, dans notre religion, nous sommes très libres de vivre notre carême. Et que, pour moi, le carême est un temps de conversion vers le Seigneur et d’efforts vers notre prochain. Mes efforts seront plutôt de cet ordre. Je voudrais me rapprocher du Christ et qu’il m’aide à changer mon regard, mon attitude envers mon prochain.

Ce carême, que je vis souffrante, encore dans ce centre, m’est difficile. J’ai du mal à prier. J’essaie tous les jours, toutes les nuits, mais la prière est aussi pauvre que l’état de mon cerveau est fatigué. Une chose que j’arrive à faire : aller vers les uns et les autres avec le sourire -alors que j’ai parfois envie de pleurer-, et encourager chacun, féliciter, souhaiter un bon appétit ; remercier les personnes qui s’occupent de nous. J’essaie de mettre de la joie, de l’espérance et de l’amour.

« Mais la plus grande de ces choses c’est l’amour », dit saint Paul. Je crois que Jésus lui-même résume bien les choses : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Mathieu 22 v 37 à 39.

Notre bateau est encore dans la tempête, mais nous continuons à aimer, à nous aimer et à aimer notre prochain. Et à compter sur Dieu dont je reçois la force, et qui, à mes côtés dans le bateau, attend que je lui demande de l’aide.

Caroline Saillet, 31 mars 2025

Psychomotricienne par vocation, Caroline Saillet a toujours été proche des personnes porteuses de handicap. Mariée à Hubert Saillet, notre ancien chroniqueur, elle est mère de cinq enfants, dont Marie Océane, polyhandicapée. Bricoleuse, créative, un peu hyperactive, elle dévoile des recoins du quotidien et des réflexions sur le polyhandicap en partant de son expérience.

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