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Un handi en politique

David Gall
© C. Douillet

Hémiplégique depuis un AVC, David Gall s’est engagé en politique il y a six ans. Malgré les obstacles, il continue à croire que l’on peut changer les choses en faveur des personnes handicapées par ce biais. Rencontre dans le Cotentin.

Il a donné rendez-vous devant chez lui, derrière l’église Notre-Dame de Lourdes de Donville-les-Bains (Manche). Mais n’y voyez pas de signe : David Gall n’est « pas pratiquant » même si, avec une grand-mère paternelle espagnole très croyante, il a baigné dans le christianisme étant enfant. « J’ai été baptisé, et cela reste une religion importante », nuance-t-il. Conseiller municipal de la station de bord de mer depuis 2020, après avoir été quatre ans délégué handicap de Granville, cet homme atteint d’un handicap physique – « en situation », comme il dit – miserait plus sur la politique… et se tient à disposition pour faire changer les choses.

Tout a commencé le 25 février 2006. Technico-commercial en région parisienne, David est victime ce jour-là d’une hémorragie cérébrale dans le métro. Il se retrouve dans le coma plusieurs semaines. Au sortir, il est atteint d’une hémiplégie du côté gauche. Il commence la rééducation à Juvisy-sur-Orge, faisant les allers-retours le week-end dans le 15e arrondissement où il habite : « En fauteuil roulant, tout était compliqué. Je devais ramper pour rentrer chez moi, laissant le fauteuil sur le palier ! ». Sa femme étant originaire de Granville, il opte en juillet pour poursuivre la remise sur pied au Normandy, le centre de rééducation fonctionnelle de la ville normande. C’est alors tout naturellement que le couple s’installe ici.

Aider les autres

Concentré sur la marche, il finit par « lâcher » le fauteuil à l’automne. Mais le bras gauche continue à ne pas répondre. Que faire alors ? « J’ai vu que le monde de l’emploi serait compliqué pour moi… Je me suis remis en question et j’ai repris des études pour devenir référent handicap en entreprise. Puis, passionné par la com’, j’ai lancé mon entreprise. » En parallèle, le virus de la politique le saisit. « J’ai toujours eu envie d’aider les autres, confie-t-il. Mais c’est au centre de rééducation que mon engagement est né. J’y ai constaté que certains sont armés pour s’en sortir, et d’autres non. Et en discutant avec mes congénères, j’ai réalisé tous les problèmes concrets auxquels sont confrontées les personnes handicapées ».

Pour les municipales de 2014, lorsqu’on lui propose d’entrer sur la liste de Dominique Baudry (sans étiquette), il accepte même s’il ne connaît rien à ce milieu. Il devient conseiller municipal de Granville en 2016 puis délégué handicap un an après. Une expérience pas forcément concluante : « Je n’avais pas vraiment de pouvoir. J’avais envie de faire beaucoup de choses, mais, étant seul, c’était compliqué. Je suis ressorti frustré. » Toutefois il met en place les « jeudis du handicap », une permanence pour essayer de résoudre les problèmes des personnes handicapées, tout handicap confondu. « J’y ai entendu beaucoup de colère, confie-t-il. On a le sentiment depuis 40 ans que les choses n’avancent guère. » L’accessibilité, le mode de calcul de l’AAH… sont devenus ses chevaux de bataille.

Sujets éthiques

Il est interpellé aussi par les sujets éthiques concernant le handicap. « Quand j’étais dans le coma, le médecin a dit : on va tout faire pour le sauver. Si l’euthanasie avait été légale à ce moment-là, j’y serai sans doute passé ! », s’écrie celui qui aimerait que les personnes porteuses d’un handicap aient plus leur voix dans ce débat. Mais aussi sur la question sanitaire : « Des millions de personnes vivent avec une maladie depuis des années ; on devrait se servir de leur vécu, apprendre d’eux pour vivre cette crise ! Car le handicap, c’est en permanence s’adapter ».

Tout juste écarté brutalement d’une liste centriste aux Régionales où il devait être chargé du handicap, l’élu ne baisse pas les bras et se dit prêt à travailler avec qui voudra. « Aujourd’hui, il faut que le handicap soit représenté par des personnes concernées, des aidants. On est écouté que lorsqu’on fait communauté… Sans tomber dans le communautarisme. » Mais il redoute désormais de servir de « gadget électoral » et que l’on se « serve » de lui.

La survenue du handicap a changé à tout jamais ce père de deux enfants. « Je suis passé par le pire. Après cela, on voit les choses différemment. Je me suis construit, me suis découvert par cette épreuve. Quelque part, c’est un mal pour un bien. » Le tragique de la vie lui est familier, lui qui a perdu son père à l’âge de deux ans, et a une sœur porteuse d’un handicap de naissance. « Mon engagement est une suite naturelle de tout cela… Il n’y a pas de chance ; il n’y a que des rendez-vous… » Son moteur demeure sa famille, ses proches qui « ont cru en lui », quand il était dans son lit d’hôpital. « Je crois en la vie », affirme-t-il à son tour. Une forme de foi peut être ?

Cyril Douillet

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