Père Gérard vous répond

Posez votre question à frère Marc

Vous trouverez ici des extraits de réponse à quelques questions qui ont été posées au Père Gérard.

"Père Gérard a eu d'importantes responsabilités pastorales dans plusieurs diocèses de France. Maintenant en "retraite active " il prêche des retraites spirituelles tout en étant souvent en service auprès de communautés de l'Arche et de Foi et Lumière." Merci.

Votre question pourra rejoindre d'autres internautes qui vivent une situation proche de la vôtre.

Par ce partage, ensemble nous grandissons dans la foi et l'espérance.

Si votre question ne relève pas de sa compétence, Père Gérard se réserve la possibilité de l'envoyer au service Écoute - Conseil de l'OCH qui prendra le relais.


  • Christine : Pour supporter ma souffrance, j’ai besoin de sentir la présence de Dieu (physiquement, émotionnellement). Or, depuis des jours et des jours, je prie et je ne sens plus rien. Comment retrouver cette relation à Dieu ?

    Chère Christine,

    Il vous est arrivé de sentir physiquement et émotionnellement la présence de Dieu, me dites-vous. Je ne sais pas ce que vous entendez par physiquement mais je comprends émotionnellement car nos émotions s’intègrent à notre expérience de foi. Oui, nous allons vers Dieu avec tout notre être donc aussi avec notre corps et avec notre sensibilité. Soyez heureuse de ces moments de prière durant lesquels vous êtes sentie dans la joie, en paix, dilatée intérieurement. Cependant, n’oubliez pas que la vie de foi est un chemin sur lequel nous n’avançons pas toujours au milieu des fleurs, d’un paysage merveilleux et sous un grand soleil. Tous, nous traversons aussi parfois des déserts dans lesquels nous ne sentons plus rien, nous avons soif et nous voudrions retrouver les oignons d’Egypte (cf. Nb 11,5). C’est notre foi qui est alors mise à l’épreuve et interrogée. Avons-nous foi en Dieu seulement quand tout va bien, quand tout est clair ? Seulement quand nous éprouvons de joyeuses émotions en priant ? Vivre la foi c’est faire toujours confiance à Dieu même quand je ne sens plus rien en priant, même quand je ne comprends pas ce qui se passe, même quand je rencontre l’épreuve. Prier quand même quand on vit un temps de sécheresse intérieure, se tenir en silence devant Dieu sans rien ressentir c’est Lui dire : « je crois que tu existes et je ne peux que te donner ce temps apparemment vide pour moi. » Une fidélité purement matérielle (par exemple fidélité aux horaires ou aux lieux) mais régulière à un temps de prière quotidienne est un acte de foi et aussi un acte d’espérance en des temps plus sereins sur les chemins de la foi.

    Pour terminer, une petite anecdote. Au cours d’une retraite aux directeurs et directrices des communautés de l’Arche, j’avais dit qu’il m’arrive parfois d’être dans une telle sécheresse en priant la liturgie des heures (le bréviaire) que j’ai l’impression que si j’avais lu l’annuaire des téléphones j’aurais éprouvé les mêmes effets c’est-à-dire aucun. A la fin de la retraite les directeurs et directrices m’ont offert un annuaire des téléphones. Mais je vous assure, je ne prie pas avec ça… même en temps de sécheresse intérieure !

  • Perrine : « Je suis maman de deux adultes malades psychiques. Je ne sais plus quoi faire pour les aider, les soutenir et même les supporter. J’ai beau avoir la foi, croire que Jésus est là à mes côtés, certains jours je me demande quel est le sens de ma vie. Qu’est-ce que Jésus désire ? Qu’attend-il de moi ? Je suis usée. »

    Chère Madame,

     

    Quand je lis que vous ne savez plus quoi faire pour aider vos deux grands enfants, je comprends que vous avez déjà fait beaucoup et depuis de longues années. Vous voudriez pouvoir faire davantage parce que vous voulez qu’ils soient heureux, que leur santé s’améliore et même qu’ils guérissent. Vous ne percevez peut-être pas beaucoup de changements et alors arrivent ces moments bien compréhensibles de grosse fatigue et découragement avec toutes sortes de réactions dont celle de ne plus savoir quoi faire pour supporter vos enfants. Comme je vous comprends ! Je trouve qu’il est bien normal qu’arrivent de tels moments étant donné les soucis que vous portez. Surtout n’ayez pas honte de ces moments-là ni devant Dieu ni devant d’autres. Acceptez-les humblement et essayez de garder un peu de paix intérieure pour continuer la route (même si cette paix est fragile) et profitez des moments de joie car je suis sûr que vous en avez aussi.

     

    Que vous vous demandiez parfois quel sens à votre vie, je le comprends également. Nous sommes tellement matraqués par des discours, des écrits et des comportements qui nous disent que la vie n’a de sens que quand on est jeune, beau, fort, qu’on a beaucoup d’argent, des loisirs, des succès et une bonne santé. Comme disciples de Jésus nous croyons que la valeur d’une vie se mesure à l’amour donné et reçu, que seul l’amour donne la vraie paix, le vrai courage et la vraie joie tant aux personnes qu’aux sociétés et aux nations. Je crois profondément que votre vie porte des fruits (de paix et pourquoi pas de joie) même s’ils ne sont peut-être pas visibles aujourd’hui.

     

    « Qu’est-ce que Jésus attend de moi ? », demandez-vous. Je crois pouvoir répondre que ce qu’Il attend de vous est ce qu’Il attend de tous : L’aimer et aimer son prochain comme soi-même. L’essentiel est de marcher sur les chemins de l’amour : parfois en courant joyeusement, d’autres fois en boîtant, d’autres fois encore en tombant lamentablement ou même en refusant d’avancer parce que la montée est trop rude et que la douleur ou le désespoir nous écrase. Je suis sûr aussi que Jésus vous demande de prendre soin de vous. Prenez les moyens pour persévérer dans l’amour grâce au repos, à la détente, à la prière, aux soins que vous donnez à votre corps. N’hésitez pas à demander de l’aide pour bénéficier de temps en temps de soirées, journées ou week-end libres et au calme. Vous ne pouvez pas rester seule dans cette exigeante situation. Sans doute y a-t-il déjà des personnes qui vous aident mais n’hésitez pas à en solliciter d’autres dans votre famille, votre voisinage, votre paroisse. Elargissez le cercle de vos relations si nécessaire. Certains n’imaginent peut-être pas qu’ils peuvent vous rendre service. Faites signe aussi aux associations. Et n’oubliez pas que vous-même et vos enfants vous rendez aussi un grand service en demandant des appuis puisque vous permettez à d’autres de marcher sur les chemins de l’amour.

     

     

     

  • Guillaume, séminariste : Est-ce qu’une personne handicapée, qui ne semble pas regretter son péché à cause de son manque de maturité, a besoin du sacrement de réconciliation ?

    Cher Guillaume,

     

    Considérer les sacrements d’abord comme une démarche de l’homme croyant c’est s’engouffrer dans une impasse. Les sacrements sont d’abord une démarche de Dieu envers nous pour nous sanctifier. C’est d’abord le Christ qui m’invite à l’Eucharistie et pas d’abord moi qui décide d’y aller parce que je serais prêt ou digne ou que j’aurais tout compris. Nous accueillons ces dons de Dieu avec la foi et la raison dont chacun de nous est capable. En dehors de cette perspective, nous ne pourrions que refuser de célébrer le Baptême pour des bébés ainsi que les autres sacrements pour des personnes qui ne sembleraient pas avoir une maturité suffisante pour les comprendre en profondeur et manifester leur foi.

     

    Le sacrement de la Réconciliation est constitué de plusieurs réalités que le fidèle est appelé à reconnaître, à vivre et à célébrer selon toutes ses possibilités : le discernement sur la vie à la lumière de la Parole de Dieu, l’accusation des péchés, l’expression du repentir et de la volonté de se convertir, un éventuel dialogue avec le confesseur, l’accueil de l’absolution, l’accomplissement d’une pénitence et l’action de grâces. Certaines personnes marquées par un fort handicap mental, ne peuvent pas vivre avec une pleine conscience toutes ces étapes du sacrement mais seulement une partie d’entre elles. Dans les communautés de Foi et Lumière et de l’Arche, je célèbre ce sacrement avec des personnes qui ne peuvent pas parler et dont j’ignore même quelle conscience elles ont du péché. Il est pour moi impensable qu’elles soient écartées de ce signe efficace de la miséricorde de Dieu qui n’est pas donné à une personne seulement dans l’intimité mais qui a aussi une dimension communautaire dans une Eglise qui ne doit pas cesser de célébrer et proclamer la miséricorde pour tous. Je dis, par exemple à Christophe ou à Armando : « Jésus t’aime. Il sait ce qu’il y a dans ton coeur. Il est avec toi. Puisque tu viens prier Jésus avec nous, que tu te tournes vers Lui, Il te pardonne si parfois tu n’as pas aimé ou que tu ne t’es pas laissé aimer. » Et je prononce les paroles sacramentelles d’absolution en me rappelant que c’est Dieu qui pardonne en Jésus et pas moi ! J’ai rencontré des jeunes assistants de l’Arche qui ont voulu approfondir le sens de ce sacrement après y avoir accompagné des personnes avec des handicaps mentaux profonds. Ils ont compris que Jésus ne refuse à personne ces signes par lesquels il communique l’amour du Père et qu’Il nous les offre, non pas en proportion de notre maturité intellectuelle mais en raison de notre foi, même très pauvre dans ses expressions, et de la foi de l’Eglise.