Croire en Pascal, chemin vers Dieu

Nicolas Entz : Les personnes handicapées mentales ne sont pas toujours écoutées, alors même que leur parole est souvent empreinte de sagesse, comme en témoigne Pascal dont vous nous parlez ce matin

« Que dis-tu aux gens qui aimeraient que tu aies foi en Dieu ? – Ben, il faudrait d’abord qu’ils croient en moi ». Il s’appelle effectivement Pascal, celui qui répond ainsi. La quarantaine, il est porteur d’un handicap mental. Il a accepté d’être interviewé dans le cadre d’une vidéo « Persona Très Grata » qui donne la parole à des personnes handicapées sur des sujets aussi divers que l’argent, la politique, l’amour, le handicap, la souffrance, Dieu…  Autant de sujets qui font nos vies à tous, mais sur lesquels on n’a pas forcément l’habitude , vous l’avez dit, Nicolas, d’écouter ces personnes qui ont une déficience intellectuelle. Elles ont pourtant beaucoup à dire pour qui sait les écouter.

Pascal se prête donc aux questions avec gravité. Son visage est ouvert, mais marqué par la souffrance, presque douloureux. Il ne laisse passer aucune émotion, aucun sourire. Il réfléchit longuement avant de donner une réponse souvent grave et brève à la journaliste qui l’interview. Parfois il choisit explicitement de ne pas répondre, par exemple quand il s’agit de parler d’amour, sa profondeur laissant place alors à la pudeur.

Nicolas Entz : Et c’est comme ça qu’est venu la question sur sa foi en Dieu ?

Oui, Nicolas, et Pascal confesse ainsi qu’il n’a aucune croyance. Et il ajoute donc cette invitation étonnante à ceux qui le regretteraient : « il faudrait d’abord qu’ils croient en moi ! », sans autre explication qu’un long silence. Nicolas, Je ne sais pas ce qu’il a voulu dire exactement. Mais je ne peux m’empêcher de penser à ces mots de Jésus, au chapitre 14 de l’Evangile de Saint Jean : « vous croyez en Dieu ? Croyez aussi en moi ».  A sa manière, Pascal nous adresse le même appel : « Vous croyez en Dieu ? Croyez aussi en moi, Pascal ».  En Mathieu, Jésus nous dit aussi : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».  

Nicolas Entz : et donc ce que nous faisons à Pascal, c’est à Jésus que nous le faisons ?

Oui, Nicolas. Ainsi, lorsque nous croyons en Pascal, c’est, d’une certaine façon en Lui, Jésus, que nous croyons. Devenir l’ami de Jésus est une invitation constante à devenir l’ami des faibles et des petits. Sœur Emmanuelle, des chiffonniers du Caire, avait eu ces mots : « Je crois en Dieu bien sûr, c’est ma source. Mais je crois que c’est plus important de croire en l’homme puisque Dieu s’est fait homme pour aider les autres. »

Nous sommes en carême depuis une semaine, Nicolas. C’est un moment idéal pour progresser, dans notre foi en Dieu, certes, mais aussi dans notre foi en nos proches, notamment les plus fragiles. Pascal a besoin que l’on croit en lui pour découvrir, si Dieu le veut, l’amour inconditionnel dont il est aimé. C’est vrai pour Pascal, c’est vrai pour chacun de nous !

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre-Dame – 23 février 2021

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