Aidants et grands-parents

Un grand-père avec son petit fils handicapé
© Christophe Hargoues

Pierre-Hugues : Les aidants sont nombreux. On parle de 8 à 12 millions d’aidants en France. A l’OCH, vous les accompagnez. Il y a quelques semaines, vous nous annonciez les randos des papas, aujourd’hui vous souhaitez nous parler des grands-parents. C’est vrai que lorsque l’on s’intéresse aux aidants, on ne pense pas tout de suite aux grands-parents. Qui sont-ils ?

FG : Être aidant familial, c’est apporter gratuitement une aide quotidienne ou très régulière à une personne malade, handicapée, âgée … le niveau d’implication des grands-parents auprès de leur petit-enfant handicapé varie, ils sont rarement dans le quotidien mais les conséquences du handicap dans leur vie est indéniable. Quand ils relatent, par exemple, le moment de l’annonce du handicap, comme les parents, ils parlent de tsunami, de choc indescriptible. Une grand-mère m’avait dit : « c’est le ciel qui m’est tombé sur la tête ». Il n’est pas tombé sur la tête de sa fille. Il est bien tombé sur la sienne. Immédiatement, elle s’est inquiétée pour ce petit-enfant malade, et pour sa fille. Elle a été submergée par de multiple questions. Quelle sera sa vie ? Celle des frères et sœurs ? comment aider ? Ma fille va-t-elle surmonter cette épreuve ? Elle m’a même confié avoir eu peur que le couple se sépare, n’avoir pas pu se réjouir de cette vie nouvelle. Elle est passée par de multiples émotions pas toujours faciles à accueillir.

Pierre-Hugues : Quelle serait la juste place du grand-parent quand le handicap vient troubler les liens familiaux ?

C’est avec le temps et l’expérience qu’une juste place s’installe. Véronique est grand-mère de huit petits-enfants. L’un d’eux, Marie est porteuse du syndrome d’Angelman, une maladie génétique rare. Marie a un retard sévère du développement, pas de langage, de l’épilepsie, des troubles du sommeil et un tempérament joyeux et affectueux. Véronique est médecin. Elle raconte que sa formation, sa lucidité sur la situation l’a rendue parfois maladroite. Elle anticipait trop, laissant peu de temps aux parents pour s’adapter à la situation. Sa tentation était de trop conseiller, de se mêler des décisions prises, d’être, avec sa fille, dans le « il faut que tu fasses … ». Or, une clé est de ne pas donner de leçon, d’être plutôt à l’écoute en disant aux parents de l’enfant : « dites-moi ce qu’il faut que je fasse … ». Véronique a appris à taire ses jugements et à partager son émerveillement devant tous les petits progrès de Marie. Pierre a un petit-fils autiste et hyper actif qui épuise ses parents. Avant que le diagnostic ne soit posé, il reconnait qu’il pensait que les troubles de son petit-fils étaient liés à une mauvaise éducation. Il lui a fallu du temps et des pardons donnés pour retrouver une relation saine avec ses enfants.

Pierre-Hugues : C’est finalement un chemin que de devenir des grands-parents à peu près ajustés aux besoins des parents et des petits-enfants.

En effet Pierre-Hugues. J’aime bien votre « à peu près ». Comme disait un grand-père, veuf, devenu prêtre : « nos familles ne sont pas parfaites, mais elles peuvent devenir saintes ». Les familles restent des lieux d’éducation, d’amour et d’humanisation à travers tout ce qui leur arrive. Les grands-parents peuvent être une aide concrète, et aussi un chemin vers Dieu qui habite nos souffrances. « Dieu ne nous éprouve pas », comme dit Saint Jacques (Jc 1, 13) mais Dieu traverse avec nous l’épreuve. Pour s’encourager entre grands-parents, s’entraider, partager ses expériences, la Fondation OCH organise à Bordeaux, le 21 novembre, une journée des aidants et à Nantes, le 28 novembre, une journée réservée aux grands-parents. Toutes les informations sont sur le site de l’OCH, och.fr.  

Chronique de Florence Gros sur RCF Notre-Dame, le 29 octobre 2026.

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