AESH, un métier en crise au cœur de l’inclusion scolaire

Young female teacher working with a Down syndrome schoolboy sitting at desk using a tablet computer in a primary school classroom, front view, close up

Les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) étaient en grève le 3 juin dernier, pour la troisième fois cette année. Leurs conditions de travail sont difficiles.

« C’est un métier que j’aime, je ne suis pas prête à faire autre chose. Je rentre le soir épuisée, mais c’est d’une grande richesse humaine ». Elle s’appelle Anne-Sophie, qui sur le site ombreslumiere.fr, témoigne ainsi de la joie que lui procure son métier d’AESH, accompagnante d’élèves en situation de handicap. Elles sont 110.000 AESH en France, près de 10 % des agents de l’Éducation nationale ! La quasi-totalité sont des femmes, qui exercent ce métier magnifique.

Il ne s’agit rien moins que d’accompagner vers l’autonomie l’enfant handicapé dans sa vie scolaire, pour son apprentissage, pour les actes de la vie quotidienne, et dans sa vie sociale. D’où la joie d’Anne-Sophie, nourrie de petites victoires remportées avec des enfants catalogués souvent comme « rétifs aux apprentissages ». C’est un métier exigeant pour des personnes qui sont, selon le site dédié du gouvernement « des acteurs-clés qui contribuent à la mise en place d’une école pleinement inclusive, pour offrir à chaque élève une scolarité adaptée à ses besoins ».

Et c’est là que le bât commence à blesser. Car pour remplir ce rôle clé, hormis leur bonne volonté, comme Anne-Sophie, elles sont dénuées de presque tout. « On leur demande de réussir l’inclusion en leur donnant une place étriquée« , constate sur le site du journal La Croix Marc Blin, formateur d’AESH. Pas de qualification, peu de formation ; pas de statut ni d’évolution ; des contrats précaires, des temps partiels imposés ; des salaires dérisoires ; des enfants à suivre éparpillés sur plusieurs établissements ; et une place des plus floues au sein des équipes enseignantes. « Comment développer une estime de soi professionnelle quand on ne vous intègre pas aux équipes de suivi de scolarité des enfants ? », questionne Marc Blin.

Les nouvelles priorités gouvernementales mises en place sous le nom de PIAL – pôles inclusifs d’accompagnement localisé – conduisent, selon le syndicat Sud Education « à accompagner de plus en plus d’élèves sur un territoire géographique étendu, tandis que ces enfants bénéficient de moins en moins d’aide humaine »D’où ces grèves pour que soient enfin entendues ces personnes que l’on présente souvent comme « les invisibles de l’Éducation nationale »

L’enjeu est vital : il en va de la santé au travail de ces milliers de femmes en risque d’épuisement ; il en va de la réussite du parcours scolaire de ces enfants handicapés, mais aussi de leur santé ; il en va du bien-être des parents obligés de lutter pied à pied pour obtenir des heures d’AESH ; il en va enfin de la réussite de l’école inclusive, et derrière elle de l’école tout court, : « une école qui s’adapte à l’enfant plutôt que de penser que la référence au programme est de rigueur », conclut Marc Blin, qui appelle à « un profond changement de culture »Il a raison, et il y a urgence ! La rentrée 2021, c’est demain !

Philippe de Lachapelle sur Radio RCF – 14 juin 2021

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