Des commerces calmes pour les personnes fragiles

Jeune fille autiste dans un supermarché

Nicolas Entz : On pense toujours que l’accessibilité, c’est mettre des plans inclinés pour les seules personnes en fauteuil roulant. Mais les besoins sont beaucoup plus nombreux et divers pour bien d’autres personnes handicapées !

« Mon petit-fils est autiste. Nous allons très peu faire nos courses avec lui. Il se sent agressé par les lumières, le bruit, le monde, c’est trop de souffrance pour lui qui est hypersensible, au point qu’il fait des crises ». Anne, la grand-mère de Théo, explique ainsi pourquoi elle espère un jour plus de calme dans les magasins. Son vœu a de bonnes chances d’être exaucé ! L’Assemblée Nationale a adopté le 28 janvier dernier un projet de loi en ce sens : les commerces et centres de plus de 1000 mètres carrés devront instaurer, dès 2022, des heures hebdomadaires silencieuses. Il s’agit de permettre aux personnes autistes, mais aussi bien d’autres personnes souffrant d’autres troubles, de pouvoir faire leurs courses dans une atmosphère paisible.

Nicolas Entz : On ne s’en rend peut-être plus compte tant on y est habitué, mais nos sens sont hyper sollicités dans les grandes surfaces !

Oui, Nicolas : lumières fortes, parfois clignotantes, des écrans partout, la musique d’ambiance, des annonces sonores ou des publicités, les bips des scanners aux caisses… Ajoutez à cela l’affluence et les files d’attentes, c’est une véritable agression pour chacun, que ressentent particulièrement certaines personnes fragiles. C’est tout cela qui sera coupé ou atténué pendant ces heures calmes hebdomadaire, qui seront choisies à un moment de moindre affluence, pour permettre, notamment à ces personnes autistes -700 000 en France- de faire des courses dans une ambiance apaisée.

Nicolas Entz : Cette expérience a-t-elle déjà été tentée ?

Oui, Nicolas, à l’étranger, mais aussi en France, dans quelques magasins où elle a fait ses preuves : « On rend le magasin calme » -témoigne ce directeur à Lille qui constate que certains, handicapés ou non, viennent à ce créneau de la semaine, car ils préfèrent cette ambiance. Ce que confirme Emeline, cliente non concernée par le handicap, qui apprécie de faire ses courses dans une telle atmosphère : »Il n’y a pas de bruit, pas de publicité, pas de musique. Ça fait plaisir de faire ses courses dans le calme – résume-t-elle en ajoutant- Ça va avec l’écologie. Zéro déchet, zéro bruit, c’est le même mouvement.« 

Elle a raison. Dans Fratelli Tutti, le Pape François a ces mots : « La fraternité se manifeste dans l’attention aux plus vulnérables. C’est une humanité toute neuve qui jaillit de cette relation. Une humanité capable d’orienter ses forces vers le Bien commun. » Cette expérience de moment calme dans les magasins en est un exemple, modeste, mais réel : à chaque fois que l’on progresse pour rendre notre société plus accessible aux personnes les plus fragiles, c’est toute la société qui en bénéficie et c’est le bien commun qui progresse.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre-Dame – 23 mars 2021

Partager