Handicaps invisibles, un appel à la bienveillance

Nicolas Entz : Souvent on identifie le handicap au fauteuil roulant ou à la trisomie. C’est oublier que la plupart des handicaps ne se voient pas.

« Au supermarché, si je vais à la caisse prioritaire, on me fait remarquer que c’est réservé aux personnes handicapées. Je dois alors sortir ma carte, mais on me regarde mal, comme si je mentais ». Marie qui a ces mots souffre d’une maladie qui provoque de très vives douleurs au dos. La station debout lui est très pénible, mais rien ne se voit chez cette grande jeune femme de 35 ans. Elle doit sans cesse se justifier, ou céder en silence. Ce qu’elle a fait un jour dans le bus lorsqu’un voyageur lui a demandé de céder sa place à une personne âgée. Plutôt que de se justifier en public, au risque de ne pas être crue, elle a préféré finir le voyage debout, en réprimant les douleurs que les mouvements du bus accentuaient. Marie souffre de ce qu’on appelle un handicap invisible, comme 80 pour cent des personnes handicapées en France. Ce sont environ huit millions de personnes qui souffrent d’un handicap invisible.

Ces handicaps, par définition, ne sont pas apparents. Mais ils altèrent plus ou moins certaines capacités des personnes qui en sont atteintes. Ils affectent aussi les interactions avec l’entourage, sans que celui-ci puisse comprendre qu’il s’agit d’un handicap, puisqu’il ne se voit pas. D’où de graves et difficiles incompréhensions, comme pour Marie, qui ajoutent de la souffrance à celle du handicap lui-même.

Nicolas Entz : Quels sont ces handicaps invisibles ?

Impossible de tous les citer, Nicolas : des troubles psychiques aux traumatisés crâniens,  des dyslexies – dyspraxies en tous genres aux mal entendants, des maladies invalidantes comme la sclérose en plaques aux affections douloureuses comme la fibromyalgie… ces handicaps nombreux et si divers n’ont en commun que leur invisibilité, avec ses conséquences sociales parfois très lourdes.

Le paradoxe, c’est que si pour une personne dont le handicap est visible, c’est l’image du handicap qui pose problème, parce qu’elle risque d’être réduite à son handicap, pour celle dont le handicap est invisible, c’est l’absence d’image du handicap qui pose problème, parce que sa déficience n’est pas perçue.

Nicolas Entz : Pas facile de trouver la moyenne dans tout ça !

Non, Nicolas. Mais la ligne de crète pourrait être d’appliquer scrupuleusement l’adage « ne jamais juger sur les apparences ». Et de toujours garder la même douceur vis-à-vis de la personne, quelle qu’elle soit, avec ou sans handicap apparent, en se rappelant que derrière son apparence, il y a son mystère dont on ne peut s’approcher qu’empreint de bienveillance.

Le Pape François, dans Fratelli Tutti dit que la bienveillance – je cite « transfigure profondément le mode de vie lorsqu’elle devient une culture dans la société ». Alors, que la visibilité de cette bienveillance soit la réponse à l’invisibilité du handicap ! Et c’est toute la société qui s’en portera mieux !

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre-Dame – 04 mai 2021

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