« Intouchables », une réalité !

Chronique de Florence Gros, directrice de la Fondation OCH, sur Radio Notre Dame – 23 janvier 2024

Il y a quelque temps, en discutant avec Anne, une amie que le handicap moteur rend dépendante pour tous ses déplacements, le message du film « Intouchables » devenait réalité. Souvenez-vous de ce film de 2011 mettant en scène un aristocrate tétraplégique et son aidant jovial venu d’un tout autre monde. De cette relation improbable était née une véritable amitié. Le film s’appuyait sur une histoire vraie qui ressemble un peu à l’étonnante relation entre Anne et Olivier, un homme que le handicap léger met à part. Elle me disait d’Olivier : « Sa raison d’être, c’est d’aider l’autre. Aujourd’hui je peux dire que si je suis toujours dans mon appartement cosy, si je peux m’organiser des dîners amicaux le soir, si je peux avoir une vie confortable, c’est grâce à Olivier qui m’aide dans mon quotidien. Personne ne prend le temps de le connaitre. Il ne sait ni lire, ni écrire, il s’occupe difficilement mais il a un vrai sens du service. Quand il vient chez moi, il n’est plus seul à s’ennuyer ». Anne et Olivier ne partagent pas les mêmes centres d’intérêt. Leur amitié est fondée sur une confiance réciproque et sur la certitude qu’ils s’apportent mutuellement quelque chose.

Simon : Certitude qui demande de se laisser déplacer et de s’accueillir avec nos faiblesses.

En effet Simon. Anne et Olivier sont devenus des amis précieux l’un pour l’autre parce qu’ils se sont accueillis avec leur différence et leurs imperfections, parce qu’ils se sont laissés déplacer par leur singularité. Saint Jean-Paul II disait : « Nul n’est assez pauvre pour n’avoir rien à donner, nul n’est assez riche pour n’avoir rien à recevoir ». Saint Jean-Paul II nous invite vraiment à offrir à l’autre ce que nous sommes, à nous donner avec ce que nous sommes. C’est notre vocation et c’est ce qui fait notre dignité. En se laissant accompagner par Olivier, Anne rend à Olivier toute sa dignité et inversement. Je me souviens aussi d’une discussion avec un papa à la fin d’un camp de vacances avec des personnes handicapées. Il comprenait difficilement pourquoi je passais des vacances à m’occuper de sa fille Léa. Je lui répondis que Léa prenait soin de moi aussi. Le slogan de Saint Jean Paul II m’habitait-il ? Il a fallu des années pour que ce papa accepte que sa fille handicapée soit pour moi un cadeau, un présent. Sa présence confiante et sa joie communicative, sans étouffer les souffrances liées à son handicap, me mettait dans la joie.

Simon : Ces expériences sont-elles des appels à combattre l’indifférence ambiante ?

Oh oui Simon, Nous pouvons porter ensemble la conviction de Saint Jean Paul II.  Chacun à quelque chose à partager, à donner ou à recevoir, chacun mérite d’être regardé ou écouté. Nul ne peut être considéré comme insignifiant. Olivier, Anne, Léa, tous, nous avons des talents à déployer. Faisons cohabiter nos pauvretés et nos richesses pour vivre d’improbables amitiés et même la vraie fraternité.

Chroniques animées par Simon Tatreaux, journaliste et présentateur de Radio Notre Dame.

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