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Damien Seguin, l’étoffe d’un champion

Damien Seguin sur son bateau.
© Jean-Marie Liot.

Damien Seguin est le premier skipper en situation de handicap à concourir pour le Vendée Globe. Un défi d’envergure pour ce marin de 41 ans, né avec une seule main, qui a mené une double carrière dans la voile paralympique et la course au large. Nous l’avons rencontré quelques jours avant son départ.

Au-dessus de son masque noir, ses yeux d’un brun profond pétillent de vie ! A n’en pas douter, la passion anime Damien Seguin à un mois du départ du Vendée Globe. Le 8 novembre, le champion paralympique ayant remporté pour la première fois l’or à Athènes en 2004, s’est lancé dans cette course au large en solitaire, « l’Everest des marins ».

« Nous serons trente-trois au départ du Vendée Globe, commente-t-il. Historiquement, on sait qu’il y a 50 % d’abandon. Cela prouve la difficulté d’aller au bout de l’épreuve. » Le « graal » donc pour ce skipper privé d’une main, premier homme en situation de handicap à relever ce défi. A-t-il peur ? « On me pose souvent cette question… D’instinct, je réponds non car pour moi, la peur est un sentiment inhibiteur. Sur l’eau, certains moments sont très stressants. On est sur le qui-vive en permanence. Mais j’aime aller puiser dans mes retranchements, dans mes capacités à me sortir de situations compliquées, à m’adapter. »

Ce goût de la compétition, Damien Seguin l’a dans le sang depuis sa naissance, le 3 septembre 1979 à Briançon au pied des Alpes. Tandis qu’un hélicoptère emmène le nourrisson au CHU de Grenoble, son père Gilles, professeur de sport, file se bander la main gauche comme s’il ne pouvait pas s’en servir. Puis il conduit sur plusieurs kilomètres, fait du VTT, escalade un piton rocheux, et retourne à la maternité rassurer sa femme Isabelle : Damien pourra tout faire avec une seule main !

Accomplissement

L’avenir lui donnera raison. En Guadeloupe où la famille emménage en 1989, il découvre la voile et la compétition. Un an après leur arrivée, Florence Artaud gagne la prestigieuse Route du Rhum, dont le terme est à Pointe-à-Pitre. Damien se rend avec son père et son frère à la marina à l’arrivée des marins, pour faire la chasse aux autographes ! C’est l’élément déclencheur de sa vocation de skipper. Quand, en 2010, il effectue sa première Route du Rhum, il a en quelque sorte le sentiment d’un accomplissement.

Pourtant, l’accès à la course au large n’a pas été facile en raison de son handicap. En 2005, alors qu’il a gagné les jeux paralympiques, les organisateurs de la Solitaire du Figaro refusent son inscription. « Je me suis pris de plein fouet mon handicap, se souvient-il. Je comprends que cela puisse inquiéter de me voir naviguer avec une main, mais pourquoi décider sur des préjugés, penser les choses en termes de manque plutôt que d’adaptation… »

A la suite de cet échec, le jeune champion persévère. Le soutien de nombreuses personnes et son mental de battant obstiné – il a toujours à bord une mascotte à l’effigie d’un cochon, en souvenir du surnom qu’il portait avec son premier coéquipier – l’aident à affronter les courants contraires. Pour favoriser l’inclusion des jeunes en situation de handicap dans les clubs de voile, il crée avec sa femme Tifenn l’association « Des Pieds et Des Mains », en référence aux pieds et aux mains qu’il faut faire pour atteindre son objectif. « J’avais un rêve et je me suis battu pour le réaliser, confie-t-il. Aujourd’hui, j’ai envie de dire aux gamins porteurs de handicap : n’ayez pas peur de rêver. Donnez-vous les moyens d’y arriver et ne laissez pas d’autres personnes décider pour vous. »

Inventif

Simple et entier, Damien n’a jamais cherché à cacher son handicap. Revenu de l’hôpital Necker avec une prothèse, il décide très vite de ne pas la porter. « Je n’en voyais pas l’utilité car je me débrouillais très bien sans. J’ai un dicton : “Il ne faut jamais remettre à deux mains ce l’on peut faire avec une seule.“ » Sur le bateau, il a besoin de la force de ses deux bras pour pouvoir monter et descendre les voiles. La seule adaptation dont il bénéficie est donc un manchon sur une manivelle de winch pour qu’il puisse aussi utiliser son bras gauche. « Pour le reste, c’est moi qui me suis adapté aux types de manœuvre. Dans la course au large, on rencontre tout le temps des galères. Face à un problème, la première réaction peut être d’abandonner la course ou de faire appel à de l’assistance. Je me suis toujours battu pour trouver la solution par moi-même. J’ai découvert que j’étais très inventif », explique-t-il.

« Tenace, à la limite de l’obsession », très exigeant envers lui et envers les autres, il reconnaît qu’il n’est pas toujours facile pour son entourage de le suivre. « Avec le temps, j’apprends, je me bonifie ! J’avais peur d’être trop exigeant envers mes enfants. Heureusement Tifenn est là ! » Aujourd’hui, Etann et Marjane ont 14 et 10 ans. Son rêve serait de faire un tour du monde en famille en bateau. « Mais peut-être que cela restera… un rêve. Les enfants grandissent. Nous verrons ce dont ils ont envie… », note-t-il, philosophe. D’ici là, il y aura le Vendée Globe. Damien ne va pas voir sa famille pendant trois mois… Bon vent Damien ! 

Florence Chatel, ombresetlumiere.fr

  • 1979 Naissance à Briançon (Hautes-Alpes)
  • 2004 Première médaille d’or aux Jeux Paralympiques d’Athènes
  • 2010 Première Route du Rhum
  • 2020 Premier Vendée Globe

A lire :
« Damien Seguin, Le défi d’une vie », par Eric Cintas, Editions Glénat 2020, 19,95 €.

Sur Le Figaro.fr : « Damien Seguin aux commandes du classement ».

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