Tu ne m’as jamais dit « maman »
Dans cette chronique diffusée sur RCF Notre Dame, Florence Gros, directrice de l’OCH, évoque le dernier livre de Mary Viénot, Tu ne m’as jamais dit maman, (éd. Médiapaul, 2026), dans lequel elle témoigne en tant que maman de la fécondité de la vie de son fils Igor.
Pierre-Hugues : Alors qu’avec la Fondation OCH de nombreuses mamans confrontées au handicap de leur enfant vivent un temps de ressourcement au cours d’une journée organisée pour elles, vous souhaitez, Florence, nous partager le témoignage d’une maman.
En effet Pierre-Hugues. Avez-vous déjà entendu parler de Mary Vienot ? C’est une comédienne et mère de 5 enfants. Elle écrit ses propres pièces de théâtre, souvent inspirés de sa vie (Le pays d’Igor, cœur à cœur, et aussi le souffle d’Etty). Avec son mari, elle a fondé la compagnie de théâtre itinérante le puits. Elle a à cœur de jouer auprès de publics variés : en prison par exemple ou auprès de gitans. A l’occasion de fêtes d’anniversaire, l’OCH a travaillé avec ce couple audacieux, créatif, au cœur large et pétri de son histoire singulière.
Récemment Mary a écrit un très joli récit, celui de sa vie avec Igor, son fils énigmatique, hors norme, qui l’a emmené sur un chemin unique. Igor est décédé en 2019 à l’âge de 33 ans. Dans son livre « Tu ne m’as jamais dit « maman », Mary nous témoigne de tous les fruits de la vie terrestre et céleste d’Igor. Son livre part d’une contradiction : par quel mystère Igor, blessé dans son intelligence et dans son corps, sans parole, si souvent rejeté et incompris, a-t-il réuni plus de 500 personnes le jour de son enterrement ? Comment Igor, si différent, a-t-il touché tant de cœurs ?
Pierre-Hugues : J’imagine qu’il faut lire le livre de Mary Vienot pour percer ce mystère mais pourriez-vous nous en dire quelques mots ?
J’ai dévoré le livre de Mary. Elle a mis des mots sur une expérience que j’ai faite il y a des années. J’étais encore étudiante et je partais en week-end avec l’association A bras ouverts. L’association emmenait de nombreux jeunes qui avaient peu d’occasion de sortir de leur institution. C’était le cas de Matéo. Il n’avait plus de famille. Matéo était dépendant pour tous les gestes de la vie quotidienne. Il fallait le porter, le laver, le nourrir, essayer de comprendre ses besoins, qu’il exprimait peu. Il agitait ses mains et souriait pour dire son contentement.
Je me souviens d’une baignade mémorable où il semblait si heureux. Il croisait rarement notre regard mais il avait une vraie présence, difficile à expliquer. A côté de lui, j’étais bien, nous étions bien. Il est décédé vers 30 ans. A son décès, l’église était pleine. Pleine d’accompagnateurs d’A bras ouverts et de soignants. C’était incroyable. Comment cet homme avait-il pu dans son extrême fragilité autant rassembler ? Matéo avait donné vie à tous ceux qui l’avait côtoyé et à son enterrement c’était cela dont chacun voulait témoigner.
Quand Mary parle d’Igor qui ne connaissait ni la jalousie, ni les remords, qui étonnait tout le monde par sa liberté et sa simplicité, il me semble qu’elle nous donne une clé de compréhension de la fécondité de la vie de ces personnes en situation de handicap. Igor, Matéo et tant d’autres n’ayant à donner qu’eux-mêmes suscitent l’authenticité et la communion autour d’eux. Et c’est bien de cela dont nous avons tous besoin.
Pierre-Hugues : Cela me rappelle une phrase écrite par Jean Paul II : « l’homme est créé à l’image de Dieu, c’est-à-dire créé en vue de la communion des personnes ». Croyez-vous que nous l’oubliions trop vite et que certaines personnes handicapées nous le rappellent ?
Je le crois en effet Pierre-Hugues. Cela ne veut pas dire que, pour les familles, la vie avec le handicap est un long fleuve tranquille. C’est pourquoi l’OCH veut tant prendre soin des proches et notamment, en ce moment, des mamans. Elles ont prévu de se retrouver à Versailles le 8 mai, à Paris le 2 juin et à Créteil le 12 juin pour se poser, écouter et être écoutées et vivre des temps fraternels… Avant d’avoir un diagnostic, Mary, dont je vous parlais à l’instant, s’est heurtée à des difficultés réelles. Elle a entendu des aberrations comme « il faut casser la relation mère-enfants ». Pour avancer avec son enfant différent, partager avec des pairs, recevoir des encouragements est souvent vital. Chères mamans d’enfants handicapés ou malades, inscrivez-vous. Ces journées sont pour vous.