Alzheimer: « Il ne me reconnaît plus du tout »… vraiment ?
Dans cette chronique sur Radio Notre-Dame de Paris, Florence Gros, directrice de la Fondation OCH, apporte un message d’espérance aux aidants de personnes atteintes d’Alzheimer en rappelant que le lien demeure, même lorsque la reconnaissance semble s’effacer.
Pierre-Hugues : Vous avez, je crois, une information importante pour les aidants familiaux proches de malades Alzheimer…
En effet. Vous avez déjà certainement entendu, Pierre-Hugues, cette affirmation : « Il ou elle ne me reconnaît plus. » Cette expression vient le plus souvent des aidants qui visitent un proche atteint de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie neurocognitive.
L’aidant vient voir son proche malade, tente d’être en relation avec lui, mais ne décrypte aucun signe de reconnaissance. Alors, il s’interroge, se décourage, se sent brisé. La phrase revient de plus en plus souvent : « Elle ne me reconnaît plus. »
Cette phrase fait mal. Elle dit : « À quoi bon continuer à visiter la personne ? » ou encore : « À quoi je sers ? »
Une étude publiée en mars dernier dans le journal Alzheimer’s Disease apporte une réponse assez inattendue et pleine d’espoir pour tous les proches. Si je résume, cette étude dit : votre présence n’est ni inutile ni stérile. Elle dit : « Continuez vos visites ! »
Pierre-Hugues : C’est une bonne nouvelle, mais cela mérite quelques explications !
Bien sûr, Pierre-Hugues ! Une étude a été menée afin d’explorer la reconnaissance implicite chez les personnes atteintes de maladies neurocognitives.
Des soignants ont suivi, en EHPAD, pendant 11 séances, 40 résidents âgés atteints de troubles avancés. Il leur était proposé des interactions répétées dans des contextes émotionnels variés.
Les interactions étaient soit positives, c’est-à-dire chaleureuses, soit neutres, c’est-à-dire détachées et factuelles. Les réactions et les comportements des malades face à ces interactions ont été analysés.
L’étude a montré que la reconnaissance implicite persiste.
Les malades ne reconnaissent plus explicitement les visages de leurs proches. Ils ne peuvent plus dire : « C’est ma fille », « C’est mon mari », « C’est Jean, mon petit-fils », mais leurs comportements changent face à une personne connue.
Les chercheurs ont même remarqué qu’un contexte émotionnel positif renforce significativement ces comportements de reconnaissance.
Les personnes malades enregistrent la voix du proche, sa chaleur, sa manière d’être présent. Donc, l’environnement émotionnel que les soignants ou les aidants familiaux créent autour de la personne n’est pas un luxe : il est indispensable, voire un levier thérapeutique.
Chaque interaction chaleureuse laisse une trace dans le cerveau de la personne malade. Si la reconnaissance explicite s’efface, la reconnaissance implicite perdure. Le lien, donc, persiste.
Pierre-Hugues : Je comprends que chaque interaction chaleureuse laisse une trace. Cette affirmation « Il ne me reconnaît plus » n’est donc pas vraie. C’est une fausse impression.
On pourrait transformer cette affirmation par: « Il me reconnaît autrement. »
Cela reste un changement pour le lien à construire, mais ce lien existe toujours. Il sera davantage émotionnel, moins fondé sur les mots.
Cette bonne nouvelle nous dit aussi que les personnes malades conservent une capacité à de nouveaux apprentissages grâce à la mémoire affective. Même lorsque la maladie transforme la personne, qui semble avoir perdu ses acquis, elle peut encore apprendre.
N’est-ce pas réjouissant ?
Il y a quelque temps, Léon XIV affirmait qu’« aucun geste d’affection, même le plus petit, ne sera oublié, surtout s’il est adressé à ceux qui sont dans la souffrance, dans la solitude, dans le besoin… »
Avec cette affirmation du pape et l’encourageante conclusion de cette étude auprès de personnes malades d’Alzheimer, nous avons la garantie que notre présence auprès des malades est importante et féconde.
RND 29 avril 2026 « Il ne me reconnaît plus du tout »