Lettre ouverte aux députés
À l’occasion de la journée nationale de prévention du suicide, la Fondation OCH relaie la lettre ouverte de Florian Dosne, personne malade psychique rétablie, et appelle les députés à choisir la prévention et les soins plutôt que l’aide à mourir : Chronique RND de Florence Gros du 11 février 2026
Pierre-Hugues : Le 5 février dernier était la journée nationale de la prévention du suicide. Vous souhaitez revenir sur cette journée et faire le lien avec la loi sur la fin de vie rejetée par le Sénat et revenue à l’Assemblée.
En effet Pierre-Hugues. D’un côté, vous pouvez lire sur le site du gouvernement à propos de cette journée nationale de prévention du suicide qu’elle est l’occasion de rappeler que le suicide n’est pas une fatalité inhérente à l’individu, mais l’expression d’une souffrance psychique profonde sur laquelle il est possible d’agir en ouvrant la discussion, en rompant l’isolement, ou en orientant vers des professionnels. Vous pouvez lire aussi que des politiques publiques soutiennent le déploiement de dispositifs préventifs afin de réduire les décès par suicides et accompagner les plus vulnérables. Et, par ailleurs, l’était veut légaliser la possibilité de mourir par suicide quand on se sent trop vulnérable. Où est la logique ? Je me réjouis vraiment que l’état s’inquiète du taux de suicide et qu’il ait reconduit la santé mentale comme grande cause nationale. Je déplore en revanche la loi sur la fin de vie qui encourage les personnes en souffrance psychique ou qui traversent des moments de grande tristesse, à se suicider. Si l’état veut vraiment lutter contre le suicide, il devrait abandonner la loi sur la fin de vie. Ce serait plus cohérent !
Pierre-Hugues : C’est dans cette logique que la revue Ombres & Lumière publiée par la fondation OCH a communiqué la lettre ouverte d’une personne malade psychique ?
Assurément ! Florian Dosne est l’auteur de cette lettre. Il a été tenté plusieurs fois par le suicide en raison de sa bipolarité et aujourd’hui il est rétabli. Il a publié cette lettre ouverte dans la revue Ombres & Lumière pour demander aux députés le courage de s’opposer à la loi sur l’aide à mourir. Il commence ainsi : « J’ai 35 ans. Je souhaite briser le silence. Je suis bipolaire et heureux. Très heureux. Pourtant je serai probablement mort aujourd’hui si la loi sur le droit à mourir avait été votée à l’époque où mes crises étaient incessantes ».
Pierre-Hugues : Les maladies psychiatriques ne rentrent pas explicitement dans le projet de loi, quelles sont les craintes ?
Nos pays voisins nous ont donné quelques terribles exemples comme cette femme belge, en dépression qui a demandé l’euthanasie. Florian a traversé aussi des périodes de dépression et de mal-être. Il a souffert de sa bipolarité, pendant 12 ans. Florian et d’autres personnes atteintes de pathologies psychiatriques craignent que le droit à mourir les tente quand ils sont particulièrement vulnérables. Florian dit à ce propos : « l’euthanasie nous ôte l’espérance et nous tend la main vers le désespoir. Le suicide assisté, déguisé sous ce terme d’« aide à mourir », signe une incohérence terrible avec la lutte contre le suicide. Si j’avais eu le droit de me suicider, ma vie aurait-elle été soulagée, alors qu’un avenir était réellement possible ? ». Florian est aujourd’hui un homme heureux. Il est malade et stabilisé depuis 6 ans. Il est marié et papa. Il a un travail. Tout cela grâce à sa famille, à ses amis et à des professionnels. Voilà ce dont ont besoin les personnes malades psychiques : de l’aide pour vivre. C’est pourquoi, l’OCH se mobilise avec d’autres associations pour que les députés choisissent les soins, pas l’euthanasie.
Chroniques hebdomadaire de Florence Gros, directrice de la Fondation OCH. 11/02/2026