Vers un habitat inclusif

Lundi dernier, le Premier ministre présidait un comité interministériel du handicap. Jean Castex a notamment annoncé vouloir favoriser « l’habitat inclusif ».

Trop de personnes handicapées font l’expérience douloureuse de la solitude lorsqu’elles veulent éviter l’institution en choisissant de vivre chez elles. « Je suis autonome, mais je me sens seul », avait dit tristement Jean-Luc, handicapé mental, quelques mois après avoir fait ce passage qu’il avait pourtant tant désiré. Mais cela est vrai des personnes âgées aussi. Qui n’a pas entendu un jour un de ses ainés dire comme Mireille : « Je ne veux pas aller en maison de retraite, je veux rester chez moi », quand le grand âge venant, il s’est agi de choisir entre rester chez soi et la vie en EHPAD ?

Ce sont des milliers de personnes âgées ou handicapées qui se trouvent ainsi prises dans un choix binaire, douloureux, pour faire face à leur fragilité ou leur dépendance : l’institution médico-sociale, sécurisante, certes, mais lourde et contraignante ; ou le domicile, au prix d’une solitude parfois écrasante, sans compter l’insuffisance d’aides.

C’est bien autre chose qu’une simple colocation, car le principe, c’est le choix autour d’un projet commun

La bonne nouvelle, c’est qu’à l’avenir, Mireille, Jean-Luc, et tant d’autres devraient avoir une troisième voie possible, sous ce nom d’habitat inclusif : six, sept personnes qui font le choix d’être en habitat partagé, en mutualisant accompagnements et aides individualisées. Avec une large palette de possibilités, où tout peut se mélanger, selon l’intuition de ceux qui sont à l’initiative de chaque projet : personnes âgées et personnes handicapées ; personnes dépendantes et personnes valides ; jeunes et vieux, familles et personnes seules… 

C’est bien autre chose qu’une simple colocation, car le principe, c’est le choix autour d’un projet commun : « Demain, je pourrai choisir d’habiter avec vous » : c’est sous ce titre que Denis Piveteau et Jacques Wolfrom, ont remis un rapport au Premier ministre. Ils font des propositions pour développer ces habitats. Parmi elles, une « AVP – aide à la vie partagée », et d’autres mesures encore, qui permettront aux personnes fragiles d’avoir les moyens de faire librement ce choix.

Le Premier ministre semble l’avoir entendu, qui a annoncé lundi dernier un budget de 45 millions pour ces AVP. Un premier pas qu’il faut saluer. 

Ces habitats inclusifs existaient déjà, grâce à des initiatives prophétiques, l’Arche, Simon de Cyrène, pour n’en citer que les plus connues, et tant d’autres, discrètes, mais remarquables, que l’OCH fédère et soutient. Réjouissons-nous qu’elles puissent faire tache d’huile. Qu’ainsi les associations et les bailleurs, développent ces nouveaux modes de vivre ensemble au cœur de nos cités. Les personnes fragiles, handicapées, âgées, ont tant à apporter à notre société pour grandir en humanité : fraternité, bienveillance, entraide, tendresse.

Philippe de De Lachapelle sur Radio RCF – 23 novembre 2020

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