Le langage du toucher

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Le langage du toucher

"Philippine ne voit pratiquement rien, entend des sons, mais les mots n’ont aucun sens pour elle… Reste le toucher". Ces mots sont de Sophie Lutz, maman de Philippine, jeune femme polyhandicapée, dans son livre, « Philippine, la force d’une vie fragile », aux éditions de l’Emmanuel.

Sophie Lutz explique comment Philippine, si démunie en bien des domaines, lui a fait découvrir le langage du corps, et notamment le toucher. « Dans le corps de Philippine réside toute son humanité et sa dignité – écrit-elle – Il est l’expression de son être ». Et Sophie Lutz d’expliquer comment le dépouillement radical de sa fille du fait de son lourd handicap, invite à donner au corps une dignité plus grande. « Le corps devient le lieu de la communication – écrit-elle encore - … Je lui manque de respect quand je la soigne sans communiquer, sans lui témoigner de l’amour, de la manière dont elle est capable de le percevoir, c’est-à-dire le corps et le toucher ».

Sophie Lutz a ainsi découvert que dans son corps, Philippine, exerce une forme d’intelligence expérimentale, et qu’il lui faut être inventive pour développer son lien avec elle par le corps. C’est vrai pour Philippine. C’est vrai dans une moindre mesure pour chacun d’entre nous. Notre langage n’est pas que verbal. Tout notre corps est relation, et nous avons à apprendre à l’utiliser de façon ajustée à notre interlocuteur, à sa capacité, selon son consentement.

Un éducateur racontait à ses collègues comment il avait essayé de calmer un jeune en crise. Face aux cris, aux gestes désordonnés, à l’angoisse visible sur le visage, il avait tenté de le raisonner par une parole bienveillante, puis il avait posé sa main sur l’épaule de l’intéressé, pour le rassurer dans ce moment d’agitation. Ses collaborateurs avaient vivement réagi : « il est interdit de toucher une personne accompagnée ».

On devine que cet interdit est né de la prudence nécessaire dans une relation éducative : ne jamais prendre le pouvoir sur l’autre d’aucune manière, notamment sexuellement. Mais il serait dommage que cette prudence prive l’éducateur d’un élément clé de la relation qu’est le toucher. Comme Sophie Lutz, faisons appel à notre inventivité pour trouver une façon ajustée d’accompagner les plus fragiles, qui intègre le toucher, sans renoncer à aucune mesure de contrôle et de prudence pour éviter toute dérive.

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame