Comment vivre avec des TOC

personne se lavant les mains
© Susan Finday / Masterfile

Avec l’aide de psychiatres et de psychologues, le docteur Emmanuel Branthomme (Vendée), formé aux thérapies cognitivo-comportementales (TCC), soigne des personnes atteintes de TOC.

Quelles sont les causes du TOC ?

Plusieurs éléments sont à prendre en compte. Un terrain génétique sensible et un facteur neurochimique : certains neuromédiateurs du cerveau qui facilitent la transmission de l’information entre les neurones pourraient ainsi être impliqués, en particulier la sérotonine. C’est pourquoi on utilise dans le traitement du TOC des médicaments de la classe des antidépresseurs qui permettent d’augmenter la présence de sérotonine dans les synapses (espaces entre deux neurones). Ensuite, il y a des facteurs liés au tempérament : ce sont des personnes inquiètes, souvent perfectionnistes, dotées d’une exigence morale forte. Elles sont persuadées que s’il arrive quelque chose, un malheur, une maladie…, ce sera de leur faute. Or, le sens moral se met en place vers l’âge de six, sept ans. C’est pourquoi on observe un premier pic de TOC à cet âge-là. Un second pic a lieu à l’adolescence. A peu près autant de filles que de garçons sont touchés. 

Existe-t-il un facteur déclencheur ?

Oui, la plupart du temps, on retrouve un facteur déclencheur. Je connais une jeune fille de quinze ans qui a développé un TOC parce qu’elle est arrivée à Madrid le jour de l’attentat à la gare Atocha. Mais l’événement déclencheur peut aussi être minime : un jour dans la cour de l’école, en regardant sa maison juste à côté, un enfant a eu l’impression qu’il y avait un voleur et a pensé : « C’est de ma faute, je n’ai pas fermé les portes. » Depuis, il ne pouvait pas partir de chez lui sans vérifier sans arrêt la fermeture des issues. Cependant, ce facteur déclencheur n’est pas une cause de TOC. 

Quelles sont les conséquences dans la vie quotidienne ?

La personne s’empoisonne la vie quotidienne. Selon le TOC, elle peut vérifier, mais elle peut aussi amasser – « Est-ce que j’ai gardé les bonnes lettres, est-ce que je n’ai pas mis à la poubelle des documents importants ? » Ou bien elle craint énormément d’être responsable d’une transmission. Une mère de famille n’osait plus cuisiner de peur d’empoisonner son fils, elle achetait tous les plats sous vide. Autre point important : une fois que la personne atteinte de TOC a réalisé son rituel, la pensée revient toujours sous forme de doute – « Est-ce que tu es sûr que tu t’es bien lavé les mains et que tu ne vas pas contaminer quelqu’un ? » Elle réactive l’angoisse, et pousse la personne à renouveler le rituel. De rituel en rituel, la personne perd confiance en elle : plus elle doute, moins elle a confiance, plus elle vérifie. C’est le cercle infernal. 

Quel est le principe de la thérapie cognitivo-comportementale ?

En premier lieu, nous faisons une analyse fonctionnelle très fine, c’est-à-dire que nous cherchons à comprendre ce qui se passe dans la tête de la personne : la situation déclenchante, la pensée envahissante – le trouble obsessionnel proprement dit –, le scénario catastrophe qui provoque l’angoisse et le rituel pour la calmer. Ensuite, on essaie d’agir sur l’anxiété, ce que l’on appelle l’exposition avec prévention de la réponse. La personne s’expose progressivement à ce qui lui fait peur, par exemple toucher le couvercle de la poubelle sans se laver les mains ensuite. On y va très doucement avec une hiérarchisation des difficultés et une graduation de la peur de 0 à 100. Petit à petit, on redonne ainsi confiance à la personne, on lui permet de moins douter, de faire moins de vérifications, et d’être moins anxieuse. Avec les TOC mentaux qui sont plus compliqués, car la personne fait son rituel dans la tête sans que cela se voie, nous utilisons d’autres techniques. 

Sur quels autres points travaillez-vous pour aider la personne ?

Nous travaillons sur l’obsession, ces pensées intrusives qui angoissent le patient. Je me souviens d’un jeune homme qui un jour, assis sur le bord de la fenêtre avec son amie, a tout à coup eu la pensée de la jeter dans le vide. Pris de panique, il s’est aussitôt retiré mais s’est culpabilisé d’avoir eu une telle pensée. Le médecin va travailler sur cette pensée intrusive pour la modifier et la personne va apprendre à accepter qu’un certain nombre de pensées qui n’ont pas de réalité la traversent. Est-ce qu’une pensée vaut une action ? Est-ce qu’on peut prendre le risque d’avoir des pensées sans qu’elles soient suivies d’actes ? On va également porter son attention sur les évitements car ces personnes fuient les situations anxiogènes. Et on va travailler sur le certain, le probable, le possible, par exemple qu’un avion tombe sur la maison. Enfin, on essaie de renforcer l’affirmation de soi. Car c’est bien de douter, cela permet d’évaluer ses actes. Mais si tout ce que l’on fait suscite le doute, cela devient dangereux. Idem pour la perfection : est-ce que l’on doit tout faire parfaitement ? Est-ce que c’est possible ? 

Peut-on guérir des TOC ?

70 à 75% des personnes qui suivent une thérapie comportementale – avec traitement médicamenteux ou non – connaissent une amélioration importante de leur état au bout de six mois, un an. Mais il faut un suivi entre six mois et deux ans pour que cette amélioration soit durable. Une fois que les personnes ont compris le système de la thérapie, elles se l’appliquent spontanément à elles-mêmes. La plupart du temps, les rechutes sont passagères et quelques consultations suffisent. S’il n’y a pas de co-morbidité, les résistances dans les rechutes sont exceptionnelles.

Propos recueillis par Florence Chatel, Ombres et Lumière n°177

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