Comment construire une société plus inclusive ?
Aujourd’hui Florence, vous souhaitez nous parler du regard de la société sur le handicap.
En effet Pierre-Hugues, quelques événements récents m’y invitent. Même si nous parlons d’inclusion, je me rends compte que la perception du handicap dans notre société oscille encore trop souvent entre l’indifférence polie, la pitié condescendante et, parfois même, une violence verbale brute. Si je rapproche la chronique d’Antoine Durand, intitulée « Ne faites pas du regard des autres un verdict » – publiée sur le site d’Ombres & Lumière, le média de l’OCH – les violentes injures subies récemment par Éléonore Laloux, conseillère municipale atteinte de trisomie 21, et ce que dit insidieusement le projet de loi sur la fin de vie, se dessine une radiographie assez terrifiante des barrières invisibles mais féroces auxquelles se heurtent encore les personnes en situation de handicap.
Pierre-Hugues : Expliquez-nous !
Ces différentes situations illustrent la violence de la perception sociale du handicap. Dans sa chronique que je vous invite à écouter, Antoine Durand, ingénieur en fauteuil roulant, analyse de manière théorique comment le regard anonyme se transforme en un « verdict » ou une sentence sur la valeur d’une personne. Le projet de loi sur la fin de vie dit aux personnes handicapées : « votre vie ne vaut pas vraiment la peine d’être vécue, mourir n’est-il pas une meilleure solution ? ». Pour Eléonore, ce regard dur sur le handicap s’est manifesté dans une parole insultante. Dans tous les cas, la société projette certainement ses propres peurs et idées reçues sur la différence, tentant de dicter aux personnes en situation de handicap ce qu’elles valent ou ce à quoi elles ont droit.
Pierre-Hugues : En quoi, à votre avis, le parcours d’Éléonore Laloux bouscule-t-il les préjugés de la société ?
Éléonore Laloux, première femme porteuse de trisomie 21 élue au sein d’une municipalité en France, incarne une certaine autonomie et une réussite politique qui dérangent l’ordre établi. On l’écoute, on lui demande son avis. Les insultes à son encontre traduisent le refus d’une partie de la société de voir la vulnérabilité occuper l’espace public. En l’attaquant, les personnes nient la légitimité d’Eléonore d’être une citoyenne à part entière et actrice dans sa ville. Elles refusent d’admettre qu’une personne en situation de handicap puisse avoir un certain pouvoir et que de travailler avec elle est une chance.
Pierre-Hugues : Quelle solution ou posture proposer pour transformer durablement notre vision collective ?
Dans sa chronique, Antoine Durand rappelle avec acuité que le regard de l’autre est avant tout une projection. Face à la différence, chacun projette instantanément ses propres peurs, ses malaises ou ses préjugés. Il partage aussi une conviction : refuser de donner du pouvoir à ceux qui jugent sans savoir. Une invitation pour nous à ne pas nous limiter à nos projections (Antoine témoigne que son handicap ne l’empêche pas d’être heureux) et à rencontrer les personnes sans jugement hâtif. Les personnes handicapées ne sont pas des anomalies biologiques à tolérer à la marge mais elles sont une composante précieuse de la diversité humaine. Le combat pour la dignité exige de comprendre nos mécanismes de rejet dont parle Antoine, et de permettre aux personnes avec un handicap de s’engager dans la société comme le fait Eléonore.