Marie, la rencontre de deux corps brisés

Dans sa maladie douloureuse, Anne s’est laissée conduire sur ce chemin de vie auquel nous sommes tous conviés
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Anne avait presque quatre-vingt ans lorsqu’elle est décédée. Très religieuse, elle allait à la messe aussi souvent que possible, méditait tous les jours la Parole de Dieu. Elle ne manquait jamais son pèlerinage annuel à Lourdes, se nourrissant de la relation entre la petite Bernadette et la Sainte Vierge. Grâce à internet, elle suivait avec attention des cycles de conférences données par des théologiens, qui manifestement la passionnaient. Anne aimait aussi être en relation, elle recevait avec bonheur beaucoup de visites de personnes qui trouvaient du bien en sa compagnie. Elle recevait beaucoup de confidences, de personnes de toutes conditions, de tous milieux. « J’ai de la chance d’avoir de plus en plus de temps pour tout ça » aimait-elle dire non sans humour.

Car Anne portait un handicap de plus en plus lourd au fur et à mesure que sa maladie dégénérative grignotait le terrain de ses capacités. La marche est devenue impossible vers vingt ans. Puis peu à peu le fauteuil roulant a dû laisser place à la position allongée. La vue a diminué jusqu’à une quasi cécité. Il fallait aussi de plus en plus hausser la voix pour lui parler, l’ouïe baissant. La trachéotomie qu’il a fallu mettre en place a rendu son élocution plus difficile. Elle qui aimait tant parler, devait se plier à l’injonction des médecins qui lui demandaient de parler le moins possible. Anne dépendait en toutes choses des personnes qui l’accompagnaient, elle ne pouvait rien faire par elle-même.

Anne aimait se faire emmener devant le Saint-Sacrement. Cette rencontre ressemblait autant à un cœur à cœur qu’à un corps à corps. La rencontre de deux cœurs aimant… La rencontre de deux corps brisés… Celui de Jésus, pain rompu et livré, celui de Anne, à sa manière lui aussi rompu et livré. Car si Anne a longtemps souffert de cette dépendance progressive dans laquelle la plongeait sa maladie, elle a peu à peu trouvé un chemin de consentement qui la mettait en paix, et qui faisait d’elle un instrument de paix et de consolation pour tous ceux qui aimaient la rencontrer et partager leurs souffrances et leur espérance. Manifestement, la contemplation du corps livré par amour de Jésus était la source de son consentement à sa propre dépendance et de sa fécondité auprès de ceux qui s’approchaient d’elle si vulnérable.

Dans sa maladie douloureuse, Anne s’est laissée conduire sur ce chemin de vie auquel nous sommes tous conviés, notamment dans le grand âge: se laisser dépouiller pour entrer dans la vérité profonde de ces mots si simples du Seigneur : « Si vous ne devenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux »

Philippe de Lachapelle sur Radio Notre Dame

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